29.01.2010
Voyage intense dans la poésie de la femme
Clin d'oeil en vitesse avant d'approfondir.
Lecture magnifique, poétique, entre les lignes du réel fantastique, histoires de femmes.

15:25 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : carole martinez, coeur cousu, folio
19.01.2010
PACAMAMABO au Petit Théâtre
De retour de la première de Pacamambo au Petit Théâtre de Lausanne.
Sous le choc, sous le charme du texte, de Wajdi Mouawad qui pousse chacun vers ses souvenirs, ses sentiments, ses peurs, ses deuils. L'injustice de perdre un être que l'on aime plus que tout au monde, la réponse de la mort "La mort c'est la vie, la vie c'est la mort".
Que retient un enfant de ce qu'il aura vu, entendu quand le sujet que l'on traite est aussi prenant, mystérieux, grave que la mort d'un être que l'on aime?
On ne peut dire à quel moment de sa vie chacun est prêt à être confronté au texte de Pacamambo. La vie, la mort ont des chemins destinés à nous tous. Pour certains enfants, il peut être intéressant d'accompagner le texte d'une discussion préalable pour pouvoir l'explorer, l'expliquer, le découvrir et par dessus tout l'apprécier pleinement.
Je ne peux dire, grands et petits courrez-y! Que chacun sache s'il a se sent prêt à se tenir face à la mort à laquelle on a tous "deux mots à dire"!
Je peux dire sans doute aucun que le texte de Wajdi Mouawad mérite que l'on s'y plonge avec passion.

PACAMAMBO
DE WAJDI MOUAWAD
PAR FRANÇOIS MARIN
DU 20 JANVIER AU 7 FEVRIER 2010
(extrait du site du Petit Théâtre)
Julie a un secret qui n’appartient qu’à elle.
Pour qu’il reste vivant et beau, elle va nous le raconter. Dans son histoire, il y a ceux qu’elle aime le plus au monde : sa grand-mère Marie-Marie et Gros son chien. Mais il y a aussi la lune. C’est à cause d’elle que tout est arrivé, elle a emporté sa grand-mère au pays de Pacamambo. Alors Julie va entreprendre un voyage étrange et frissonnant pour la rejoindre.
Auteur associé du Festival d’Avignon 2009, Wajdi Mouawad, né au Liban, vivant au Québec est l’un des écrivains phares du théâtre francophone. Avec Pacamambo, il a écrit un conte pour petits et grands sur le mystère de la mort…
Pacamambo sera mis en scène par François Marin dont on connaît la sensibilité et le goût des belles écritures et réalisé dans les décors épurés d’Elissa Bier et les lumières sensuelles de William Lambert.
22:08 Publié dans Légendes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pacamambo, wajdi mouawad, le petit théâtre, françois marin, théâtre pour enfant, conte, mort
17.01.2010
Passe-Muraille d'Hiver
LE PASSE-MURAILLE N° 80 – Metin Arditi l'homme orchestre décembre 2009
Avec un peu de retard, je vous propose le sommaire du dernier Passe-Muraille qui recèle de nombreuses nouveautés. Merci à toute l'équipe pour sa fidèlité lors des séance d'envois en nombre! Jetez un coup d'oeil page 9... et un coup de coeur page 12!

– Page 1 –
INÉDIT – Apprentissage cosmopolite par Metin Arditi
– Page 2 –
suite...
– Page 3 –
ENTRETIEN AVEC METIN ARDITI – Grâce rendue à l'artiste propos recueillis par Jean-Louis Kuffer
LUKAS BÄRFUSS – Au coeur des ténèbres humaines par Matthieu Ruf
– Page 4 –
LYDIE SALVAYRE – Portrait d'un homme blessé par Jean Perrenoud
BRAD KESSLER – Les oiseaux tombés du ciel par Claire Julier
– Page 5 –
MAURICE CHAPPAZ – Comme une lettre du Paradis par Jean-Louis Kuffer
STEVEN CARROLL – Le charme discret d'un conteur par Claude Amstutz
ANNE DELAFLOTTE MEHDEVI – Un parfum d'antan par Claire Julier
– Page 6 –
NICOLAS VERDAN – La saga de Corbu le visionnaire par Bruno Pellegrino
DANIEL DE ROULET – Le Bourdon de l'apiculteur par Jean Perrenoud
CATHERINE O'FLYNN – Humour noir par Claude Amstutz
–Page 7 –
SANDRINE FABBRI – Une enfant dans le noir par Rose-Marie Pagnard
ANA CLAVEL – Les violettes sont les fleurs du désir par Claude Amstutz
– Page 8 –
MARIE N'DIAYE – Feux livides et rêves brûlants par Hélène Mauler
L'EPISTOLE – Lettre à un vieil ami par Matthieu Ruf
– Page 9 – NOUVEAUTE DANS LE PASSE-MURAILLE, PAGE LITTERATURE JEUNESSE
LES ENFANTS QUI LISENT SONT DANGEREUX – CLAUDE PONTI – Un drôle de conte initiatique par Nasma Al'Amir
Voyage dans le temps et l'espace par Sophie Kuffer
BEA DERU-RENARD, Sophie au temps des Cerises
BAHIYYIH NAKHJAVANI, La Fleur du mandarin
MERCE LOPEZ, L'Enfant qui mangeait des margouillats
MERVYN PEAKE – Encres et légendes (Exposition jusqu'au 14 février à la Maison d'Ailleurs d'Yverdon)
– Page 10 et 11 –
INEDIT – La Poupée Bellmer par Jacques Roman
– Page 12 –
L'ECHAPPEE – Les Epoux, L'Autre suivi du Roi du village par Daniel Vuataz
12:20 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : passe-muraille, metin arditi, claude ponti, sandrine fabbri, maurice chappaz, daniel de roulet, lydie salvyire, nicolas verdan, brad kessler, steven carroll, catherin o'flynn, anne delaflotte mehdev, lukas bärfuss
14.01.2010
La Douane volante - François Place
La Douane volante, François Place, Gallimard Jeunesse, 2010, 337p. très bon lecteur dès 13-14 ans
A la veille de la première Guerre, Gwen est un jeune garçon mis à l'écart de sa communauté. Contrairement à son père, perdu en mer, il n'a pas le pied marin et se retrouve apprenti rebouteux auprès du vieux Braz. Nous avons à peine le temps de nous acclimater à la Bretagne du héros, qu'il est emmené de manière tout à fait fantastique par l'Ankou, l'homme de la mort...
Gwen se réveille alors sur une plage brumeuse, accueilli par un garde-côte qui le prend sous son aile l'arrachant aux mains de "la douane volante", il découvre un monde étrange comme ancré dans le passé.
Dans cet univers dur et parfois cruel, Gwen grandit et se construit. D'apprenti rebouteux à l'âme sensible aux souffrances d'autrui, il deviendra, sous la coupe de Jorn, un médecin à la mode du XVIIe. Une fois, adulte, il retrouvera la force de chercher le chemin qui mène à sa Bretagne natale. Il n'appartient pas à ce monde malgré tout.
Il trouvera la porte de sortie en pleine mer de Kraken! Entre réalité et au-delà, la frontière est mince et l'auteur nous laisse voyager d'un monde à l'autre.
Quête initiatique, sur le chemin de l'âge adulte, comment s'arracher aux griffes d'un maître qui malgré tout ne lui veut pas que du mal, comme un parent incompréhensif et dur mais sur qui l'on peut compter au final. L'amitié, la découverte de l'amour, du désir... et ceci, au coeur d'un tableau flamand, de ses canaux, des ses maisons hautes, de ses landes sauvages et brumeuses.
François Place signe-là une oeuvre étrange et mystérieuse qui accroche le lecteur curieux et attiré dans les méandres de ce monde au-delà de la mer.
22:08 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : françois place, douane volante, littérature jeunesse, gwen le tousseux
21.10.2009
Le Passe-Muraille d'automne est là
Je suis très fière d'annoncer la sortie du Passe-Muraille n°79, Magnifique Ella Maillart – octobre 2009
Mis en page à la vitesse grand V - imprimé sans plus attendre - toute l'équipe de la rédaction plus quelques fidèles alliés disponibles se préparent à le mettre sous pli pour mieux l'envoyer aux lecteurs impatients (j'espère).
SOMMAIRE DU PASSE-MURAILLE n°79 OCTOBRE 2009
– Page 1 –
INÉDIT – Magnifique Ella Maillart par Charles-Henri Favrod
– Page 2 –
RECUEIL INÉDIT – Dans le Far-Est nippon par René Zahnd
AUTOUR D'ELLA MAILLART – A la chapelle Sainte-Barbe
– Page 3 –
PIETRO CITATI – Grandeur du dilettantisme par Fabio Ciaralli
MICHEL VIGNARD – Une vie de chien par Claire Julier
GÉRARD OBERLÉ – Le maître de Montaigne
– Page 4 –
NOËLLE REVAZ – Dangereuses liaisons par René Zahnd
PASCAL JANOVJAK – Disparaître pour se découvrir par Janine Massard
– Page 5 –
COLUM MCCANN – Vertiges et prodiges de l'humanité funambule par Claire Julier
PASCAL QUIGNARD – Au fond des mots
ABDOURRAHMAN A. WABÉRI – Frères ennemis
– Page 6 –
REYNALD FREUDIGER – Tribulations d'un fils de p… par Bruno Pellegrino
JOËLLE STAGOLL – Du train ou vont les gens par Pierre-Yves Lador
DANIEL ABIMI – Romand noir
METIN ARDITI – Kaléidoscope du souvenir
–Page 7 –
RAFIK BEN SALAH – Quelles nouvelles de l'étranger par Janine Massard
HOMMAGE – Jacques Chessex en son Monumentum par Jean-Louis Kuffer
– Page 8 –
DAVID FAUQUEMBERG – L'absurde chant du monde par Bruno Pellegrino
JEAN-FRANÇOIS THOMAS – Les auteurs romands en quête d'Outrepart par Pierre-Yves Lador
ERIC HOLDER – Holder à cran
– Page 9 –
JAYNE ANNE PHILLIPS – Poliphonie chorale par Claude Amstutz
PHILIP ROTH – Le Blues de Zuckerman
– Page 10 –
CARLOS RUIZ ZAFON – Un thriller fantastique en noir et rouge par Hélène Mauler
MARIE-HÉLÈNE LAFON – Deux cœurs simples en France profonde par Jean-Louis Kuffer
– Page 10 –
CARNET NOMADE – LIEVE JORIS – Objet de curiosité par René Zahnd
– Page 12 –
INÉDIT – Le Vertige Calaferte par Antonin Moeri
Abonnez-vous au Passe-Muraille...
20.10.2009
Le Passe-Muraille d'été...

Pour commander le n° 78 du Passe-Muraille, « Claude Frochaux iconoclaste » – JUILLET 2009
SOMMAIRE 78:
Inédits:
Claude Frochaux, L'Homme achevé ou la fin des rêves
Entretien avec Claude Frochaux par Jean-Louis Kuffer
Françoise Ascal, Un désir d'aube
Miroslav Fismeister, Dans la ville au bout de la ville
Lettres Romandes:
Julien Burri, Comme un Pinocchio malmené par Bruno Pellegrino
Blaise Hofmann, Mortelle randonnée… et plus si affinités par Jean-Michel Olivier
Jil Silberstein, Dans la nuit étoilée par Patrick Vallon
Jean-François Sonnay, Au coeur de l'opacité africaine par René Zahnd
Autres Horizons:
Andrzej Stasiuk, Andrzej Stasiuk, un merle blanc par Bertrand Redonnet (à propos de...)
La Bibliothèque Nomédienne par Jean-François Thomas
Cesare Pavese, Le métier de mourir par Jean Perrenoud
Owen Sheers, Des loups dans la nuit anglaise par Bruno Pellegrino (en anglais)
Alice Tawhai, Le miracle derrière les apparences par Claire Julier
Matthias Zschokke, Le seul sens des petits riens par Laurence de Coulon
Chronique:
Jalel el-Gharbi, Sous la lumière de Chebbi
07.09.2009
Une Bonne nouvelle!!!
Les Passagers du Vent... sont de retour! Avis à tous les fans!!! d'histoire, de bande-dessinées...
N'ayant pas encore été en contact avec ce nouvel album...
Je saute sur l'occasion de propager la bonne nouvelle.
Visitez le site officiel et découvrez-y la bande annonce!
07.05.2009
Le mois de mai au Passe-Muraille!

Ce recueil, établi à la demande de Jean-Michel Olivier, directeur de la collection Poche Suisse, rassemble une partie de mes Carnets de JLK, blog littéraire ouvert sur la plateforme HautEtFort en juin2005. Proposant aujourd’hui quelque 2000 textes, dans les domaines variés de la littérature et des arts, de l’observation quotidienne et de la réflexion personnelle, entre autres balades et rencontres, ces Riches heures de lecture et d’écriture s’inscrivent dans le droit fil des carnets manuscrits que je tiens depuis une quarantaine d’années et qui ont déjà fait l’objet de deux publications: Les Passions partagées(1973-1992) et L’Ambassade du papillon(1993-1999).
En outre, ces Carnets de JLK illustrent les virtualités nouvelles, et notamment par le truchement de l’échange quotidien avec plusieurs centaines de lecteurs, de cette forme de publication spontanée sur l’Internet, qu’on appelle weblog ou blog.
Dans l’univers chaotique qui est le nôtre, où le clabaudage et la fausse parole surabondent, ces carnets se veulent, au-delà de toutes les préventions de méfiance ou de mépris, la preuve qu’une résistance personnelle est possible à tout instant et en tout lieu pour quiconque reste à la fois attentif à la rumeur du monde et à l’écoute de sa voix intérieure. À l’inattention générale, ils aimeraient opposer un effort de concentration et de réflexion au jour le jour, ouvrant une fenêtre sur le monde.
DEMANDEZ LE NOUVEAU PASSE-MURAILLE:

LE NOUVEAU NUMÉRO DU PASSE-MURAILLE
EST SORTI DE PRESSE!!!
NOTRE STAND au SALON INTERNATIONAL DU LIVRE ET DE LA PRESSE



AU SOMMAIRE DU NUMERO 77:
INÉDIT
Alain Gerber
(RE)DÉCOUVERTES
Gesualdo Bufalino, Pierre Girard, Lucien Suel
AUTRES HORIZONS
Jonathan Coe, Daniel Kehlmann, Charles Lewinsky, Torgny Lindgren, Ludmila Oulitskaïa, Salman Rushdie
LETTRES ROMANDES
Frédérique Baud Bachten, Pierre Béguin, Jean-Yves Dubath, Anne Brécart, Pascal Kramer, Thierry Luterbacher, Gustave Roud et ses amis Georges Nicole et Marcel Raymond.
CHRONIQUES
Jalel ElGharbi (http://jalelelgharbipoesie.blogspot.com/), Pascal Janovjak

11:59 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : passe-muraille, jalel el-gharbi, salon du livre de genève, riches heures, les épopées lyriques d'alain gerber, rené zahn, jean-louis kuffer, jean-luc badoux, christophe calame, jacques-michel pittier, carnets de jlk
12.03.2009
Au travail, nouvel orthographe surréaliste
"
... Je savais que vous aviez de l'intelligence, mais je constate aujourd'hui que vous avez appris à l'utiliser."
trad. de Chesterton, Les Arbres de l'orgueil. Vendredi 13 Février 2009
"Cette surprise n’était que le prélude d’une seconde surprise qui l’étonna encore bien davantage."
Id., La Queue du renard. Vendredi 13 Mars 2009.


En composant un texte, la relecture amène des surprises au correcteur:
Le édbut, déf., n. m.:
"Fascinant édbut, si fougueux,
si indomptable, tel un mustang sauvage:
cet animal rue et piaffe si fort qu'il s'emballe avant même le début du rodéo.
Impossible à monter, car il commence avant le début.
Chevauchez un édbut, et vous aurez vaincu le temps!" (Février 2009)

A LIRE A HAUTE VOIX
Fragment de poème d'un auteur en bisbille avec sa machine à écrire
Nno, tosu les homems ne snot pas des guojtas,
Ma chrèe enfnat, croyze-mio, je vousen rpie,
L'affcetoin qeu j'époruve à vorte égrad
Est la puls prue qui soti, mon cuoer ne saurati
Mentri ; je ne pexu que le suvire et c'est bine
Vers vosu qu'li me possue ! Ma fuogue est telel
Equ j'ércis n'improte commnet, vueillez
M'en ecxuesr, ou seriat-ce ma mchaine
Qui n'oébit pas à ems dogits ?
Devrisa-je Retounerr à mno lexiqeu ?
Un ne sufifra pas,
Il m'en fuadra ... dix - dixleixuqes ...
15:57 Publié dans Humour | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : mot pour rire, jeu de mot, humour, action avaaz, chesterton
01.03.2009
Calligraphie du coeur
Avec le retour du soleil et des premiers bourgeons accompagnés de l'odeur de la terre humide, nous a éclairé de la lumière de son sourire Ghani Alani (voir interview: http://www.unelucioledansloreille.ch/index2.htm) qui nous a dédié deux jours magnifiques à l'initiation à l'art de "rendre beau l'écrit", art universel.
Parcours, en deux jour, de quelques notions de calligraphie arabe afin d'exercer notre regard et nos poignets, instruments de nos esprits qui se délient.
Quelques exemples de Ghani du Bism 'Illah al-Rahmân al-Rahîm (Au Nom de Dieu Le Clément Le Miséricordieux)
- gauche: exemple du style ottoman, en hauteur
- droite: exemple du style andalous, tout en rondeur

- centre: exemple de style persan, suivant l'horizon et l'abstraction
ANECDOTE de Ghani Alani:
Petit, on lui disait que les Sabéens adorait le Diable. Quelle chose bien étrange! Curieux de découvrir la raison du penchant démoniaque de ses voisins, Ghani fit une visite à l'un deux, artisan au bord du Tigre à Baghdad.
– Est-ce vrai que vous autres adorez le Diable? Quelles raisons peut vous y pousser… Ne le craignez-vous donc pas?
– Oui, bien sûr, nous le craignons comme tout le monde… Mais nous l'adorons pour qu'il nous fiche la paix!


22:41 Publié dans Arts | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : ghani alani, calligraphie, calligraphie arabe, une luciole dans l'oreille, nasma al'amir, stage de calligraphie
26.02.2009
Una Anécdota de la vida de Cortés – Chapitre II

II.
Les premières lueurs de l'aube annonçaient une magnifique journée d'hiver, comme on n'en connaît que sous le ciel de l'Equateur, (et) tous les habitants de l'endroit où campait l'armée conquérante, sortaient, curieux, de leur modeste demeure afin de contempler les guerriers de l'Orient (comme ils les appelaient), qui en pleine action, dont on ignorait le motif, couvraient les quelques rues du village, qui débouchaient toutes sur une unique place, sur laquelle apparut, enfin, un peloton de cavalerie à fière allure.
La foule, attirée par la nouveauté du spectacle, réussit à se glisser entre les soldats, et depuis les tourelles du teócali, ou temple, qu'elle envahit en peu de temps, et depuis les toits des quelques maisons avoisinantes, les regards scrutateurs se tendirent vers les environs de la place, désireux de découvrir quelle était la raison de l'attitude belliqueuse des espagnoles, préparés, apparemment, à quelque acte d'importance qui devait avoir lieu à cet endroit.
En effet, un étrange et nouvel objet attira le regard curieux de la foule. La potence avait été dressée durant la nuit au centre de la place!
D'instinct, les habitants d'Acala frémirent. Ils se hâtèrent de quitter tours et terrasses, quelques-uns, effrayés, fuirent se cacher dans les montagnes.
Pendant ce temps, sur le parvis du teócali où l'on voyait encore les décombres de l'autel détruit du dieu Huitzilpochtli, s'installaient confortablement, prêtes à profiter à leur aise de la terrifiante scène dont allait être le théâtre cette enceinte, deux gracieuses femmes, aucune plus âgée que trente ans. Vêtues, toutes deux, à la mode espagnole, il était aisé de reconnaître que ce costume n'était pas habituel à l'une d'elle. Le teint de sa peau, les traits de sa physionomie, ses mains et ses pieds menus et sa prononciation tronquée du castillan, indiquaient clairement son origine indigène. La seconde était une andalouse aux yeux noirs arabes, qui - à l'occasion du spectacle dont elle allait être témoin - se remémorait avec plaisir les autodafés et les corridas de taureaux, délices des premières années de sa jeunesse. (à suivre…)
18:04 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : gertrudis gómez de avellaneda, las tradiciones, leyendas, hernán cortés, doña marina, cauhtemoc, guatimozín
17.10.2008
Una Anécdota de la vida de Cortés – traduction
Une Anecdote de la vie d'Fernand Cortès*
Cette anecdote, tirée de son roman Guatimozín publié [en 1846] est la seule chose que l'auteur a voulu conserver de la dite œuvre, supprimée de la présente collection [ses Œuvre Littéraire publiée entre 1869-1871] parce que sa santé ne lui a pas permis de la réviser et de la corriger, selon ce qui lui semblait nécessaire. (note de l'auteur)
I.
Trois ans s'étaient écoulés, à peu de chose près, depuis le jour mémorable où la somptueuse capitale (1) se rendit aux armes espagnoles, après nonante-trois jours de siège redoutable –Guatimozín (2) le jeune empereur héroïque, vaincu et prisonnier–… On comptait déjà trois ans depuis ce terrible succès, dont l'immense résonance secouait encore vivement l'Europe. Malgré son génie et sa fortune, cela n'avait pas encore été possible au caudillo vainqueur de soumettre entièrement toutes les provinces de la vaste Nouvelle Espagne, conquise par son bras pour la vieille couronne de Castille. Mais ce laps de temps avait suffi à lui rendre les douceurs enivrantes de la gloire amères en raison des sacrifices intimes imposés à son cœur, ainsi que des honteuses défections de ses propres gens.
(1) Ténochtitlan (la ville du rocher cactus), capitale aztèque dans la vallée de México, construite sur les bancs de sable du lac Texcoco. Un siège terrible soumit la ville en 1521. Notre récit se situe donc aux alentours de 1524. (2) Guatimozín est la forme hispanisante que donne Gertrudis Gómez de Avellaneda au nom de Cuauhtemoc, successeur de Moctezuma. On dit qu'il fut brûlé vif.
Il ne fait aucun doute qu'une âme aussi sublime souffrit beaucoup de devoir se soumettre aux exigences de sa féroce soldatesque et des nombreuses troupes auxiliaires, placées sous son étendard par la république aveugle de Tlascalteca (1) et par d'autres peuples américains. Ces exigences entachèrent la fameuse conquête par des actes tels, que –selon les dires du caudillo* lui-même– "jamais auparavant, on a vu cruautés si pénibles et horreurs si lamentables" (2); ces exigences le forcèrent à ternir ses nobles exploits en permettant la torture indigne qu'on imposa à ses augustes captifs dans le but de leur arracher l'aveu des trésors qu'on supposait qu'ils leur avaient caché…, torture qui rendit à jamais célèbre la magnanimité du martyr impérial qui, souriant sur le chevalet sur lequel on le brûlait à petit feu, dit au roi de Tacuba –son compagnon dans le tourment, exhalant un gémissement douloureux– ces mots fameux: "Lâche! Est-ce que, par hasard, je suis sur un lit de fleurs, moi?"… Enfin, ces exigences forcèrent le caudillo d'Estrémadure à étouffer dans sa poitrine virile la voix de la sainte compassion pour contempler –avec une apparente impassibilité– la fille de son bienfaiteur Moctezuma (3), la belle Gualcazintla (4), compagne infortunée de Guatimozín, enchaînée par les liens de l'esclavage.
* caudillo = chef militaire, capitaine. (1) Les Tlaxcalans vaincus par Cortès lui firent allégeance. (2) Troisième lettre de Fernand Cortès au roy. (note de l'auteur) (3) Moctezuma II Mexico 1466 - 1520. Neuvième empereur aztèque entre 1502 et 1520. (4) Le personnage de Gualcazintla est pure création de la part de la Avellaneda. Selon Mary Cruz, éditrice des Traditions, l'épouse de Cuauhtemoc n'était qu'une enfant. Notre auteur préfère donc créer une figure romantique qui sert mieux son récit.
Mais tant de condamnables concessions, faites à l'esprit barbare de cette époque sanglante, ne suffirent point à satisfaire ses compagnons vainqueurs. Jamais la supériorité de l'esprit ne s'exerce impunément; jamais les hommes qui dominent leurs semblables par la seule élévation de la pensée, n'arrivent à inspirer cette soumission que nous témoignons sans opposition à la grandeur suprême de la naissance. Cette singularité s'explique très bien. L'un est un droit concédé par nous-mêmes; l'autre seul le ciel l'octroye. En celui-là, nous reconnaissons notre force; en celui-ci, nous voyons notre infériorité démontrée. Nous obéissons facilement au maître institué par nos conventions; mais nous nous rebellons contre celui qui nous impose un décret plus élevé de la nature.
Lorsque se dressent les grands esprits de tous siècles et de tous pays, ceux-ci trouvent toujours hostiles, les foules de médiocres, dont l'instinct les pousse à contrecarrer la puissante influence qu'elles présentent être destinée les dominer. De la même manière le cheval –encore indompté– bondit, hennit et galope lorsque s'approche de lui, l'homme. Car la nature –prévoyante et maternelle envers toutes créatures– lui donna, pour reconnaître le danger, un œil grossissant qui lui renvoi l'être intelligent, dont la main fragile doit le dominer selon son désir, dans de gigantesques proportions.
De cette manière, toute vie éminente, aux initiatives vigoureuses, vient à ressembler à un combat continu et acharné contre la résistance de l'orgueil collectif enclin à repousser le pouvoir assujettissant de la personnalité privilégiée. Une telle répulsion est, d'une certaine manière, –souvent en tout cas– non seulement naturelle, mais aussi légitime; mais l'immense majorité vulgaire ne soutient pas toujours noblement la lutte pour son indépendance menacée; à certaines occasions –rehaussant à son insu la supériorité qui l'effraye –elle a recourt pour s'y opposer aux moyens les plus indignes et iniques.
Fernand Cortès, figures majeures qu'offre l'histoire; Fernand Cortès, qui n'a peut-être pas été placé au rang correspondant à son élévation naturelle, pas même par les flatteurs sans discernement qui ont altéré la vraie physionomie de l'homme en voulant le déifier; Fernand Cortès, produit de sa nation, du ce temps où elle était grande, héroïque, fanatique et cruelle…; Fernand Cortès, qui aurait peut-être été un Napoléon si le tonnerre de la République Française l'avait bercé dans son enfance, et –plus extraordinaire que le dominateur de la Seine– que l'on nous présente, aujourd'hui, avec son auréole de conquérant d'un empire –au nombre (dans le catalogue) des loyaux vassaux… (1) Fernand Cortès, disons-le pour finir, devait avoir et eut le sort commun à tous les esprits supérieurs. Les envieux le persécutèrent, les diffamateurs s'évertuèrent à le dénigrer, la perfidie et la déloyauté lui tendirent des pièges, au chaud dans ces mêmes cœurs qui apprirent du sien à ne pas trembler, jamais devant tant de dangers qu'ils obtinrent ensemble, eux et lui, une renommée indestructible.
(1) Rappelons que Fernand Cortès après avoir été nommé en 1522 par Charles V Gouverneur et Capitaine général des provinces de Nouvelle Espagne, a fini sa vie dans la disgrâce une fois de retour en Espagne. Il entretint toujours une rivalité avec Diego Velázquez, gouverneur de Cuba, qui tenta plusieurs fois de reprendre le contrôle de l'expédition qu'il avait confié à Cortès et qui permit la conquête du Mexique.
La trahison de l'infâme Villafaña –bien que déjouée et châtiée– avait laissé des semences qui semblaient germer à chaque pas. A l'époque à laquelle nous nous référons, le capitaine Olid, dépêché par son supérieur avec des forces suffisantes pour soumettre quelques-uns des peuples de l'empire qui refusaient encore de se rendre, ne lui avait fait parvenir aucune nouvelle de sa part depuis longtemps –en même temps– les indices n'étaient pas peu nombreux, poussant à croire au soulèvement de ce dernier et de sa troupe. Un autre officier, envoyé à son tour avec des troupes à la recherche du rebelle présumé, n'avait pas rempli, à ce qu'il paraissait du moins, la mission qu'on lui avait confiée; on murmurait même entre les rangs de l'armée qu'au lieu de s'opposer à Olid il s'y était uni, faisant cause commune avec lui.
Cortés dut, pour autant, se résoudre à partir en personne pour les punir, si leur trahison s'avérait certaine, et à soumettre par la même occasion les provinces qui lui résistaient encore.
L'accompagnèrent dans cette expédition, en plus du gros de l'armée, les grands tlatoanis –ou princes– prisonniers, qui comptaient parmi eux l'empereur lui-même, accompagné de sa femme, que trois ans de captivité et d'inénarrables infortunes n'avaient pas pu dépouiller de sa curieuse beauté, mais que si affectèrent ses facultés mentales de telle manière que les soldats avaient l'habitude de l'appeler la triste folle.
Un cortège de prisonniers n'était certainement pas à propos pour la rapidité que réclamait l'expédition entreprise, mais le général espagnol n'avait pas osé laisser ses royaux captifs auprès d'aucune population de l'empire déchu, sans la garde d'une puissante force dont il ne disposait pas.
Mais la compagnie forcée de ces princes enchaînés, dont la vue, et surtout l'aspect du jeune empereur, bouleversait les populations de l'endroit, finit par l'embarrasser et même l'inquiéter, tant qu'il ordonna à l'armée de faire halte dans un lieu de la province d'Acala, où il tint un conseil secret avec ses capitaines, certains d'entre eux ayant pensé –depuis le début du voyage– qu'il était à tout prix nécessaire de se défaire de tels fardeaux le plus rapidement possible.
Rien ne se sut en dehors du conseil de ce qu'il s'y traita, mais rapidement circula la rumeur de la découverte d'une terrible conspiration, forgée par le monarque mexicain et son frère le roi de Tacuba, pour tuer Cortés, en soulevant les peuples contre les envahisseurs.
Chose étrange! Ces malheureux prisonniers –qui marchaient à pied, sans défense, accablés de fatigue et exténués par la faim, au milieu d'une puissante force armée– inspirèrent apparemment, un tel effroi au vaillant cœur du caudillo d'Estrémadure que, changé et tremblant, on le vit se hâter de les juger sans aucune autre forme de procès.

(à suivre…)
11:46 Publié dans Légendes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : gertrudis gómez de avellaneda, las tradiciones, leyendas, hernán cortés, doña marina, cauhtemoc, guatimozín
08.10.2008
Un cri de fin d'étude
Le 26 août 2008, j'ai défendu mon mémoire de fin d'étude.
– Los personajes femeninos de las Tradiciones de Gertrudis Gómez de Avellaneda : entre tradición y transgresión
en consultation à la bibliothèque d'Espagnol des Lettres de Genève.
Je tiens à faire part de toute ma gratitude à ma directrice de mémoire ainsi qu'à mon expert pour leur soutien et leurs critiques révélatrices!
Bien à vous!
Une nouvelle licenciée en Lettres sur le marché...
16:48 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : gertrudis gómez de avellaneda
25.06.2008
La Dama de Amboto de la Avellaneda – traduction d'une légende basque

La Dama de Amboto – La Dame d'Amboto
Tradition basque par Gertrudis Gómez de Avellaneda
(traduction S. Kuffer, juin 2008)
La légende basque de La Dame d'Amboto a été publiée pour la première fois dans le Diario de la Marina de La Havane en 1860. C'est probablement durant ses deux excursions au pays basque en été 1858 et 1859 que l'auteur récolte la matière traditionnelle pour ses légendes : La bella Toda (La belle Toda) y Los doce jabalíes (Les douze sangliers), La Dama de Amboto (La Dame d'Amboto) et La Flor del ángel (La Fleur de l'ange).La Avellaneda revient dans l'île qui l'a vue naître après vingt ans d'absence. Elle va y fonder une revue, El Album de lo Bueno y de lo Bello, dont elle publiera 12 numéros en six mois. Ces employés sont les premiers à être payés… On y lit quelques-unes de ses légendes mais aussi ses articles en défense de l'égalité intellectuelle des femmes…
Connaissez-vous, chers lecteurs, les pittoresques provinces basques? Si tel est votre cas, vous souvenez-vous du très haut pic rocheux qu'on appelle Amboto, et qui sert de couronne au mont Echaguen? Oh! c'est certain que cette singularité qu'a la cime de porter un nom différent de celui de la montagne dont elle fait partie, vous aura attiré l'attention.
Sachez qu'il existait sur ces hauteurs, il y a de cela bien longtemps - la tradition n'en dit pas plus - , un magnifique château, appartenant à l'illustre famille des Urracas. L'avant-dernier héritier de cette ancienne maison seigneuriale eut de son premier mariage une fille unique, à la beauté remarquable, qu'on appela Maria; et que tous considérèrent, pendant dix ans, comme l'heureuse héritière des riches domaines patrimoniaux.
Cependant, il survint qu'un second hymen inespéré lui donnât, au terme de ces années, un frère robuste et beau, dont la venue au monde annula complètement les droits de Maria, puisque, selon les conditions des biens inaliénables? dans cette famille, ceux-ci ne pouvaient échoir à une femme qu'en absence de succession masculine.
Tel était la mentalité de l'époque de laquelle nous parlons: le sexe faible était déshérité sans pitié, et souvent condamné à la claustration perpétuelle dans un monastère, afin que le représentant viril de la famille n'eût même pas le tracas de lui proportionner une situation acceptable ou une modique pension.
Du moins, Maria Urraca ne fût pas contrainte à un tel sacrifice, en effet, si son bon père l'aimait beaucoup, elle recevait une affection plus tendre encore de la part de son frère qu'il plût au ciel de lui donner. Ce dernier, âgé de dix-sept ans, lorsqu'il perdit les auteurs de sa vie, se vit maître d'une considérable fortune et chef de famille.
Le jeune don Pedro était, en outre, une personne sympathique et aimable, qui méritait à tous égards la première place dans le cœur de Maria. Cependant les gens la jugeaient un peu sauvage et misanthrope, il n'y avait aucun doute quant au fait que le caractère mélancolique de la belle dame la poussait à un isolement volontaire, bien qu'elle vive aux côtés d'un frère respectueux et affectueux.
A vouloir le quitter, elle se fût établie en prenant époux, ce qui ne pouvait lui faire défaut, étant, telle qu'elle était, très gracieuse et vertueuse. Cependant, elle allait sur ses vingt-huit ans, sans qu'on ne lui soupçonnât jamais une préférence pour aucun de ses prétendants, que ce fût parce qu'il ne s'y trouvait aucun parmi eux qui ne satisfît son ambition, qui aspirât a plus de hauteur; ou que ce fût parce que, à cause d'un orgueil démesuré, rien ne lui suffit sans l'indépendance et la seigneurie de droit naturel pour laquelle elle s'estimait née.
De toutes manières, il paraissait évident que Maria Urraca se rebellait en son for intérieur contre l'injustice des privilèges concédés au sexe opposé, et que dépendre d'un frère cadet, ou d'un vulgaire mari, était pour elle, destinée par le ciel à être libre et puissante, une chose autant difficile qu'humiliante. Tant que c'était ainsi, sa mélancolie et sa mauvaise grâce ne tardèrent pas à se convertir en une forme d'amertume et d'âpreté, de telle manière qu'on considéra comme un triomphe de la part de don Pedro qu'il arrivât à obtenir, un jour, que se prête à prendre part la misanthrope beauté à une joyeuse battue, pour laquelle l'accompagnaient plusieurs nobles amis.
Naissait serein un matin d'automne, lorsque les sons des cornemuses et des trompettes annoncèrent aux habitants de la vallée la sortie des illustres chasseurs, et rapidement se regroupa une curieuse foule pour contempler la brillante cavalcade, au centre de laquelle émergeaient le jeune cavalier don Pedro et sa belle sœur Maria, dirigeant le premier, à force de dextérité, un fougueux coursier de robe ébène, et la seconde un blanc palefroi, docile à sa main délicate.
Cela faisait longtemps que ne brillait pas sur le parfait visage de la noble vierge la vive animation qui, alors, l'embellissait. Mais en l'admirant, il était impossible de ne pas sentir qu'il y avait quelque chose de fébrile dans le regard fulgurant de ses grands yeux bruns, quelque chose de sinistre dans l'expression extraordinaire de sa physionomie enchanteresse.
La battue commence de façon heureuse: rapidement le courage et l'habileté des veneurs(1) se manifestent à travers de nombreux faits, mais aucun ne mérite autant d'admiration que celui de la belle chasseresse qui, de sa main habile, blesse mortellement un sanglier corpulent. Au milieu des vivats qui résonnent de toutes parts, l'animal réunit ses dernières forces et se lance à travers les broussailles, laissant dans sa course un large sillon de sang. Rapide, sa poursuivante lui emboîte le pas, et désirant lui laisser entiers les honneurs du triomphe sur cet ennemi déjà presque moribond, don Pedro ordonne au cortège de se détenir, galopant lui seul à la suite de l'intrépide amazone.
Mais, où se dirige celle-ci? Son cheval blanc, comme possédé par le démon frénétique que fit entrer dans le corps d'Angélica le nigromante que nous dépeint Arioste, paraît se rebeller contre la sublime main qu'il a respectée, soumis, jusqu'à cet instant, et gravissant des pics, évitant des précipices, rapidement il se perd de vue entre les sentiers(2) et les escarpements.
Cependant, don Pedro galope toujours après sa chère Maria, et disparaît, comme elle, devant la compagnie effrayée, qui a contemplé avec stupéfaction cette étrange course.
Au même moment, et par une coïncidence fatale, une terrible tempête se déchaîne soudainement.
Le firmament se couvre de nuages noirs, qui enveloppent dans leurs sombres plis les cimes des montagnes; les éclaires se croisent comme des serpents de feu; les arbres séculaires plient sous les rafales du vent mugissant; le tonnerre retentit effrayant à travers les monts et les vaux, et tous fuient apeurés, à la recherche d'un abri qui les protègent contre l'ire du ciel.
Les gens du château y rentrent en désordre, croyant que leurs seigneurs s'y trouveront, ils supposent alors qu'ils les ont devancés, mais ce n'est pas le cas. Les plus fidèles des serviteurs sortent donc à leur recherche, malgré l'horreur de la tempête, qui continue, et tous les autres attendent inquiets une heure puis une autre… En vain! La nuit recouvre la terre de ses profondes ombres, et le bien-aimé don Pedro n'est toujours pas de retour à la forteresse de ses aïeux.
Maria arrive alors, seule et échevelée, en ce noble seuil; il suffit de voir la pâleur de son front et l'égarement de son visage, pour conclure de la catastrophe que confirme ensuite ses lèvres balbutiantes. En effet! il ne peut rester aucun doute… Le jeune chevalier a été précipité par son impétueux coursier dans un profond ravin, au bord duquel il devait cheminer un instant pour arriver au château, par le sentier accidenté qu'il avait pris avec sa sœur…
Cette circonstance inexplicable donna de quoi parler aux gens durant de nombreux jours, mais ensuite l'attention générale se fixa uniquement sur la belle héritière du défunt, qui ne tarda pas à se voir assiégée par de glorieux adorateurs.
Maîtresse des domaines fertiles d'une famille opulente, de laquelle elle restait comme unique descendant, Maria de Urraca voit réalisés, enfin, ses rêves délirants qui, peut-être, formèrent son martyr secret. Pourquoi, alors, le rose ne revient pas sur ses joues pâles? Pourquoi le sourire du plaisir a disparu pour toujours de ses lèvres, et le regard de l'innocence heureuse de ses yeux brillants? Une maladie mystérieuse ronge sans doute cette jeune vie…, mais en vain on consulte les plus célèbres médecins d'Alava, de Guipúzcoa et de Vizcaya: la science est impuissante face à un mal inconnu.
Aucun résultat non plus avec les somptueux banquets; rien avec les divertissements pour lesquels on se réunit au château des monts, le deuil n'étant pas encore terminé. Maria, qui paraît les désirer avec une avidité fébrile, n'arrive jamais à en jouir. Au mieux, au milieu des festins et raouts, l'orgueilleux front de la belle castillane se couvre d'un nuage sombre; ses lèvres se contractent; son regard se trouble; un tremblement inexplicable parcourt ses membres… et alors certains assurent qu'elle tend les mains avec un cri d'épouvante, comme si elle repoussait quelque chose d'horrible, qui viendrait la poursuivre au sein même de son bonheur.
Il arrive aussi qu'elle passe plusieurs jours sans vouloir recevoir personne, évitant ces mêmes distractions qu'elle s'évertue à rechercher en d'autres occasions. Et que fait la jeune femme en ces jours de solitude? Le demander à quelqu'un serait en vain: ses serviteurs se taisent consternés, et tout ce que peut obtenir la curiosité ou l'intérêt affectueux, c'est l'observation du fait que, après ces jours-là, les cernes violacés qui se dessinent avec fréquence autour des yeux de Maria apparaissent plus sombres et profonds; que son affaiblissement s'est fait plus considérable; son regard plus sinistre; sa respiration plus pénible; ses tremblements convulsifs plus fréquents.
Pourtant, les prétendants ne se découragent pas. L'amour peut-il œuvrer de tels prodiges!... L'étrange maladie qui consume Maria se calmerait peut-être et se dissiperait parmi les joies d'un hymen heureux. C'est avec cet espoir flatteur que les aspirants à sa main redoublent d'attentions, accumulent les cadeaux, prodiguent douceurs(3) et soupirs. Mais, Ay!, lorsqu'ils commencent à croire que le choix de la dame va se décider enfin, se lève, malheureusement pour eux, un jour solennel et mémorable: le triste anniversaire de la mort de don Pedro.
Les domestiques du château se sont vêtus de deuil; messes et prières n'ont cessé dans la chapelle. Maria, cependant, est restée dans son alcôve, plus prostrée et affaiblie que jamais. Ensuite, lorsque la nuit étend son triste manteau, le vénérable chapelain et tous les gens se réunissent pour prier pour le chevalier prématurément mort, dans la même enceinte au sein de laquelle ils attendirent de longues heures inutilement, en ce même jour où ils virent apparaître seule la sœur affligée, présage fatal de l'épouvantable malheur.
Les fidèles serviteurs rendent une commémoration triste de ce moment suprême en pleurant, lorsque soudain s'ouvre avec fracas la porte de la chambre de Maria, et elle se précipite dans la salle, pâle, tremblante, épouvantée, comme un an auparavant, à cette même heure.
Elle n'annonce aucune mort cette fois, mais demande de l'aide contre une hallucination effrayante. L'insensée se croit poursuivie par celui-là même qui cessa d'exister en une nuit telle que celle-ci.
-Ne le voyez-vous pas? Ne le voyez-vous pas? - crie-t-elle hors d'elle -. Il s'est levé, sanglant du fond de l'abîme, et galope sur son coursier noir, dont la poitrine est traversée de part en part par l'épieu tranchant. Cependant, le coup fut sûr, je le vis rouler avec le cavalier, et j'entendis ce cri, qui retentit longuement dans les entrailles noires du précipice. Que me veut-il, alors, ce fantôme? Comment jaillit de nouveau ce sang honni, pour éclabousser mon front, encore chaud et écumeux? Regardez-le! Le coursier maudit vient sur moi…; le cavalier sanglant tend les bras pour me saisir et m'emmener avec lui dans sa tombe ténébreuse. Non!..., non!..., non!...
Criant de cette façon, la Urraca se lance à l'extérieur des portes du château, et les gens terrorisés peuvent à peine la suivre dans sa course délirante. La tempête mugissait comme pendant l'horrible nuit de la catastrophe; le ciel était déchiré par des éclairs, mais elle courrait sans s'arrêter…, elle courrait fuyant le cavalier sanglant, dont le coursier noir, transpercé par un épieu, galopait aussi, la poursuivant.
Ah! la malheureuse, dans sa folie et en pleine obscurité, elle ne sait pas quel chemin elle suit, mais soudain elle s'arrête, lançant un cri, qui retentit effrayé. Les échos de l'abîme au bord duquel elle se trouve, le lui rendent, comme poussée, malgré elle, par une main invisible.
-C'est ici! - s'exclame-t-elle alors, les cheveux hérissés sur son front livide, qu'illumine un éclaire.
Au même instant, on dirait que le fantastique cheval lance sur elle le cavalier menaçant, et la pauvre Maria, dont l'aliénation mentale atteint son paroxysme, se jette, pour se défaire de lui, au fond du précipice.
Le matin suivant, à la même heure à laquelle on sortit du noir abîme(4) le cadavre de don Pedro, mis en pièces, on sortit aussi celui de sa sœur, pas moins sanglant et défiguré; mais le peuple se souleva pour demander qu'ils ne reposent pas dans la même tombe. Il voyait, grâce à son merveilleux instinct, la justice du ciel dans un événement dans lequel les nobles amis de la Urraca voulaient seulement reconnaître l'effet fortuit d'une déplorable folie.
La résistance tenace que l'on tenta opposer à l'opinion publique ne servit pas plus qu'à exalter les esprits, et la colère populaire démolit furieusement le château, sans laisser une pierre sur l'autre. Dès lors, la cime qui couronne le mont Echaguen, où cela exista, fût appelée Amboto, ce qui signifie, traduit littéralement, de là jeter, puisqu'en basque on ne connaît presque des verbes que l'infinitif. Prenant ceci en considération, le mot amboto trouve sa vraie traduction dans la phrase: de là a été jetée. Depuis ce moment-là, la tradition ajoute aussi que l'âme de la fratricide rôde errante à travers les entrailles profondes de l'abîme, sortant seulement pour annoncer des désastres.
Les jours où le sommet de la montagne apparaît enveloppé d'épais nuages, les bergers retirent leurs troupeaux, les paysans se réfugient dans les hameaux abandonnant les tâches des champs, et les marins se gardent bien de quitter le port pour se confier aux vagues…, parce que l'on dit que de tels signes annoncent que la dame d'Amboto s'est échappée de sa tombe et vague par là, présageant de malheurs.
Pour avoir d'autres pistes: http://es.wikipedia.org/wiki/Amboto
NOTES:
1 Les veneurs, monteros en espagnol, organisent la chasse à courre.
2 Vericuetos dans le texte, suivant la définition selon laquelle ce sont des "lieux scabreux au passage difficile" (Denis, Serge, Pompidou, L., …. Dictionnaire espagnol français, Librairie Hachette, Paris, 1968)
3 Ternezas dans le texte, passe de tendresse au singulier à douceurs et propos galants au pluriel!
4 Sima en espagnol veut dire gouffre abîme, Cima reste la cime…
12:41 Publié dans Légendes | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : gertrudis gómez de avellaneda, maría urraca, la dama de amboto, las tradiciones, flor del ángel
18.06.2008
Berthe de Joux passe les frontières
Depuis le mois de septembre 2007, je consacre la plupart de mon temps à mon mémoire, travail de fin d'étude. J'ai choisi de le faire en espagnol puisque les derniers travaux entrepris l'année précédente sur les femmes dans différentes tranches de la littérature espagnole, m'y ont encouragée.
Lors d'un séminaire de littérature latinoaméricaine du 19ème, j'ai découvert une auteure (autrice c'est vraiment pas terrible) incroyable, Gertrudis Gómez de Avellaneda. Née à Cuba en 1814, elle mène sa barque à travers les méandres du Romantisme espagnol et ses machos adeptes del ángel del hogar (la fée du logis)...A peine arrivée en Espagne, en 1839, elle publie ce que l'on considère comme le premier roman abolitioniste en langue espagnole, Sab (1841). Son second roman est encore plus subversif même si à la lecture il peut paraître un peu fastidieuse... Elle y dénonce la condition de la femme et la piètre éducation qu'on lui inflige. Elle défend aussi sa position contre le mariage indissoluble qui emprisone de trop jeunes gens...Georges Sand est passée par là paraît-il...Une de ses critiques, Mary Cruz, note l'actualité de ses idées dans le prologue à son édition des Tradiciones (Légendes) sur laquelle j'ai travaillé ces derniers mois.
L'étude genre a mis petit à petit à jour l'oeuvre de Gómez de Avellaneda...voir Susan Kirkpatrick, "La subjetividad femenina del yo romántico: GGA" dans Las Románticas.
Il ne me restait plus que ses Tradiciones, textes légendaires...
Elle reprend tout au long de sa vie différentes légendes du monde entier et les adapte à sa plume...et à ses idées...
Ce qui m'a tout de suite interpelée et plu... Deux légendes suisses et deux françaises dont une jurassienne...Les sources sont toujours vivantes...Et pour une fois le 19ème ne paraît plus si lointain...
La Velada del helecho, tradición suiza : La Veillée de la Fougère
La Montaña maldita, tradición suiza : La Montagne maudite
La baronesa de Joux, tradición francesa: La Barone de Joux
La Ondina del lago azul : L'Ondine du lac bleu
Voici donc pour commencer la première des légendes originales qui a inspiré Gertrudis Gómez de Avellaneda...pour La Barone de Joux
Berthe de Joux, d'Auguste Demesmay
trouvée sur Google Books, Esquisse historique, légendaire et descriptive de la ville de Pontarlier, du foro de Joux et des environs, Ed. Girod, imprimerie J.-C. Thomas, Pontarlier, 1857.
"Berthe de Joux par Auguste Demesmay
Sur une roche aride
Qui jusque vers les cieux
Elève en pyramide
Son front chauve et brumeux,
S'élancent les tourelles
D'un gothique manoir.
Le pâtre, chaque soir,
Entend lui venir d'elles
Un cri de désespoir;
Il se trouble, s'arrête…
Puis en passant répète:
Priez, vassaux, priez à deux genoux,
Priez Dieu pour Berthe de Joux.
Berthe, avenante, fraîche et rose,
A peine comptait dix-sept ans;
Son père de sa main dispose
Pour Amaury. -Fleur des amants,
Honneur de la chevalerie,
Aux pieds de sa dame chérie
Le preux mettait un noble coeur;
Plus d'une dame en Séquanie
Eût perdu pour lui sa rigueur…
Et cependant Berthe soupire,
Et son oeil morne semble dire :
Priez, vassaux, priez à deux genoux,
Priez Dieu pour Berthe de Joux.
Brave Amaury, l'honneur t'appelle,
L'honneur, tyran du chevalier!
Prends pour combattre l'Infidèle,
Ta lance et ton heaume d'acier.
Ses adieux à sa noble dame,
Ce sont mots échappés de l'âme,
Longs serments et soupirs d'amour.
La valeur le presse et l'enflamme,
Il part…Et du haut de la tour,
Le voyant traverser la plaine,
Berthe répète dans sa peine:
Priez, vassaux, priez à deux genoux,
Priez Dieu pour Berthe de Joux.
Depuis Quatre ans durait l'absence;
Mais voici qu'un beau soir d'été,
Un chevalier blessé s'avance,
Demandant l'hospitalité.
Devant ses pas le pont s'abaisse,
Le nain l'annonce à la comtesse;
Elle paraît à son balcon:
-"Entrez, ami de ma jeunesse,
Entrez, Amé de Montfaucon;
De mon seigneur toujours fidèle
M'apportez-vous vuelque nouvelle?.."
Priez, vassaux, priez à deux genoux,
Priez Dieu pour Berthe de Joux.
De l'époux toute une semaine,
On s'occupe, on devise bien;
Et pui l'on s'aperçoit à peine
Qu'on l'oubliait dans l'entretien.
L'amour! l'amour partout se glisse;
La solitude est sa complice,
Et le absents, ce sont des morts.
Berthe, hélas! tombe au précipice
Sans l'avoir mesuré des bords.
Oubliant l'époux qui guerroie
Les deux amants sont dans la joie…
Priez, vassaux, priez à deux genoux,
Priez Dieu pour Berthe de Joux.
Mais revenant de Terre-Sainte,
De Joux, plein de gloire et d'amour
De son manoir franchit l'enceinte,
Rêvant les baisers du retour.
Devers la chambre nuptiale
Il court… O surprise infernale!
Berthe est dans les bras d'un amant :
-"Mort-Dieu, dit-il, l'heure est fatale!" -
Au coeur du jeune homme expirant
Trois fois il plonge son épée;
Berthe de son sang est trempée…
Priez, vassaux, priez à deux genoux,
Priez Dieu pour Berthe de Joux.
-"Et toi, femme que je méprise,
Pour ton malheur vivras longtemps;
Va, ne crains pas que je te brise;
Veux m'éjouir à tes tourments!"-
Par son ordre aussitôt l'on taille
Une cellule en la muraille;
On y met grilles et verroux;
La malheureuse sur la paille
A peine y tient sur ses genoux:
-"Là, tu pairas ta perfidie…
Là pour toujours, là pour la vie!"-
Priez, vassaux, priez à deux genoux,
Priez Dieu pour Berthe de Joux.
Pour mettre comble à sa vengeance,
Montrant le corps de Montfaucon:
"Or çà, dit-il, qu'à la potence
On le pende comme un larron.
Qu'aux rochers de la FAUCONNIERE
Haut et court, entre ciel et terre,
Ce beau muguet pourrissant au vent.
Vois-tu là-bas, ma prisonnière,
Ton Montfaucon, ton bel amant?
Vainement ton regard l'évite;
Il est là, t'appelle et s'agite…
Priez, vassaux, priez à deux genoux,
Priez Dieu pour Berthe de Joux.
De chagrin, de faim, de froidure,
Elle est morte plus qu'à moitié:
L'époux qu'on trompe a l'âme dure;
Amaury reste sans pitié.
En vain, comme une mendiante,
Pâle, inclinée et suppliante,
Elle implore un noble pardon;
Il écoute la patiente
Avec un rire de démon:
-"Là tu pairas ta perfidie…
Là, répond-il, là pour la vie!"
Priez, vassaux, priez à deux genoux,
Priez Dieu pour Berthe de Joux.
Pendant dix ans la misérable
Fut nuit et jour en oraison;
Son bourreau, toujours intraitable,
La laissa mourir en prison.
La pauvre femme échevelée,
D'une voix morte et désolée,
Répétait encor son refrain.
Même aujourd'hui dans la vallée,
Le soir, comme un écho lointain,
Tombe des rochers de la Cluse
Le dernier cri de la recluse:
Priez, vassaux, priez à deux genoux,
Priez Dieu pour Berthe de Joux."
10:47 Publié dans Légendes | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : berthe de joux, gertrudis gómez de avellaneda, auguste demesmay, la baronesa de joux, las tradiciones, mary cruz
17.06.2008
Légende suisse en vadrouille dans la littérature espgnole
LÉGENDE SUISSE DANS LA LITTÉRATURE ESPAGNOLE DU XIXe
En 1851, Gertrudis Gómez de Avellaneda écrit La Montaña maldita, une légende suisse que son frère lui aurait raconté après son voyage en Europe...Comme dans le cas de La Barone de Joux, il m'a été possible de retrouvé une trace de la légende originale dans un article de Xavier Marmier, "Les Légendes de la Suisse", dans lequel il regroupe le matériel légendaire suisse qu'il récolte. La Montagne maudite raconte comment le pâturage fertil de la Blumisalp en dessus de Thun devient un champ de cailloux aride.
Version tirée de "Les Légendes de la Suisse" de Xavier Marmier, Mémoires de l'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts, Dodivers et Cie, Besançon, 1862, págs 176-206.
"Les habitants de la Blumisalp et de ces autres belles montagnes oú des essaims d'abeilles produisaient un miel aromatique, oú des vaches superbes paissaient toute l'année dans de gras pâturages, emplissaient d'un lait onctueux les seaux de la fermière, où le laboureur obtenait par un facile travail d'abondantes récoltes, ont été aveuglés par l'éclat de leur fortune et égarés par l'orgueil, ce péché de Satan; ils se sont enivrés de la jouissance de leur richesse; ils ont oublié qu'à la possession des biens de ce monde est attaché un devoir, un rigoureux devoir d'hospitalité et de charité. Au lieu de faire un sage et juste emploi de leurs trésors, ils ne s'en sont servis que pour se plonger dans une indigne mollesse ou dans des tourbillons de fêtes voluptueuses: ils ont fermé leur oreille aux supplications du malheureux, chassé le pauvre du seuil de leur demeure, et Dieu les a punis.
Un de ces mauvais riches s'était fait construire, sur la pente verdoyante de la Blumisalp, une maison splendide pour y demeurer avec une courtisane. Le lait le plus pur était versé chaque matin dans la baignoire de cette femme, et les escaliers des terrasses de son jardin, étaient faits , dit la naïve légende, no point avec des blocs de granit, mais avec de beaux et bons fromages. Le Sardanapale des montagnes avait hérité de tous les domaines de son père, et , tandis qu'il en faisait un tel usage, sa vieille mère, reléguée au fond de la vallée, vivait dans la misère.
La pauvre vieille, ayant froid, ayant faim, vient un jour invoquer sa piété, et il l'a repousse rudement; elle luit dit qu'elle est faible et ne peut plus travailler, qu'elle est seule dans sa cabane, indigente, sans secours, infirme, sans appui; elle prie de lui accorder seulement les miettes de ses festins et un refuge dans ses étables à côté de ses animaux, et il lui ordonne de se retirer; elle lui montre ses joues ridées par la douleur, plus encore que par l'âge, ses bras amaigris, ses bras qui l'ont porté quand il était petit, et il la menace de la faire chasser par ses domestiques.
Alors elle s'éloigne la malheureuse; elle redescend vers sa cabane. Si cruel que soit l'outrage qu'elle vient de subir, elle ne peut maudir le fils qu'elle a enfanté, qu'elle a nourri et bercé; mais, tandis qu'elle chemine d'un pied débile, le front baissé, des sanglots qu'elle ne peut contenir s'échappent de son cœur oppressé, et des larmes amères coulent de ses yeux. Dieu compte ces larmes de mère outragée.
A peine était-elle arrivée dans le vallon que l'ouragan éclate: le fils ignominieux voit son habitation frappée par la foudre, ses trésors, ses bestiaux, consumés par les flammes; lui-même ne peut échapper à ce feu du ciel; il y périt avec sa honteuse compagne, et les champs dont les riches produits ne servaient qu'à solder ses débauches sont couverts d'une masse de neige qui ne fondra plus, et à la place où sa mère implorait vainement sa compassion, l'ébranlement du sol a creusé un abîme, et là où sont tombées les larmes de cette mère désolée on voit à présent tomber goutte à goutte les larmes froides des glaciers éternels."
Les versions espagnoles de ces légendes suivront dès que j'aurais pu les traduire et vous en donner ainsi un aperçu.
15:04 Publié dans Légendes | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : gertrudis gómez de avellaneda, tradiciones, blumisalp, montaña maldita, montagne maudite









